Prise de position de l’AMM sur la lutte contre les fausses informations en matière de santĂ©
AdoptĂ©e par la 77ème AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’AMM, Rotterdam, Pays-Bas, octobre 2026
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Les fausses informations sur la santĂ© constituent une menace sĂ©rieuse pour la sĂ©curitĂ© des patients et la santĂ© publique. Lorsque des allĂ©gations erronĂ©es se propagent, les patients peuvent rejeter des traitements qui ont fait leurs preuves, reporter des soins nĂ©cessaires, interrompre un traitement fondĂ© sur des donnĂ©es probantes ou adopter des pratiques nocives. Ces choix mettent en danger chaque patient et affaiblissent les efforts plus larges en matière de santĂ©. Elles peuvent Ă©roder la confiance dans les professionnels de santĂ© et dans les informations qu’ils communiquent, et rĂ©duire l’efficacitĂ© des systèmes de santĂ©. Ă€ l’ère de l’Ă©change rapide d’informations, la diffusion de fausses informations sur la santĂ© est susceptible d’amplifier les risques lors de crises sanitaires, d’entraver les politiques de prĂ©vention sanitaire, telles que les efforts de vaccination, et d’augmenter dans le monde entier une morbiditĂ© et une mortalitĂ© Ă©vitables.
Les mĂ©decins ont le devoir Ă©thique de fournir et de diffuser des informations fiables et fondĂ©es sur des preuves en matière de santĂ©. Les principes fondamentaux de l’Ă©thique mĂ©dicale, tels que la bienfaisance, la justice, la non-malfaisance et le respect de l’autonomie, sont compromis lorsque les patients prennent des dĂ©cisions sur la base d’informations inexactes ou trompeuses. Les mĂ©decins ont un rĂ´le important Ă jouer pour aider les patients Ă s’y retrouver parmi les informations de santĂ©, pour lutter contre les fausses informations de santĂ© et pour orienter les patients vers des soins fondĂ©s sur des donnĂ©es probantes. Cette obligation s’applique quelle que soit la source des fausses informations de santĂ©, y compris les sources officielles, institutionnelles ou gouvernementales.
Dans la prĂ©sente prise de position, nous utilisons le terme « fausses informations sur la santĂ© » pour dĂ©signer toute affirmation inexacte sur la santĂ©, sans chercher Ă en dĂ©terminer l’intention. Cette formulation Ă©vite la distinction entre la mĂ©sinformation (informations fausses partagĂ©es involontairement) et la dĂ©sinformation (informations fausses partagĂ©es dĂ©libĂ©rĂ©ment), qui peut ĂŞtre difficile Ă Ă©tablir et risque de dĂ©tourner l’attention de l’objectif consistant Ă lutter contre les inexactitudes dommageables. L’intention peut toutefois devenir un Ă©lĂ©ment pertinent lorsque des organismes professionnels, rĂ©glementaires ou organisationnels, Ă©valuent les responsabilitĂ©s dans la diffusion de fausses informations sur la santĂ©.
Il ne faut pas confondre dĂ©bat scientifique lĂ©gitime et fausses informations sur la santĂ©. Les connaissances scientifiques sont provisoires et progressent grâce Ă la remise en question des idĂ©es reçues, Ă la vĂ©rification de nouvelles hypothèses et Ă l’examen minutieux des nouvelles donnĂ©es. Les mĂ©decins peuvent exprimer des positions fondĂ©es sur des donnĂ©es probantes qui s’Ă©cartent du consensus professionnel dominant, Ă condition qu’ils agissent de bonne foi et en toute transparence quant Ă l’état des connaissances scientifiques, au degrĂ© d’incertitude, et au fait que leur position reflète des recommandations Ă©tablies, des donnĂ©es Ă©mergentes, un jugement clinique ou une hypothèse. PrĂ©senter des hypothèses, des affirmations non Ă©tayĂ©es ou des avis prĂ©liminaires comme des faits avĂ©rĂ©s peut relever de la diffusion de fausses informations sur la santĂ©.
Si les fausses informations sur la santĂ© touchent toutes les populations, leurs effets nĂ©fastes peuvent avoir un impact disproportionnĂ© sur les groupes marginalisĂ©s. Les communautĂ©s ayant un accès limitĂ© Ă des ressources fiables sur la santĂ©, un faible niveau de connaissances mĂ©dicales ou rencontrant des obstacles systĂ©miques Ă l’accès aux soins sont plus vulnĂ©rables face Ă la mĂ©sinformation et Ă la dĂ©sinformation. Ces mĂŞmes groupes se trouvent souvent confrontĂ©s Ă des risques multiples, les inĂ©galitĂ©s structurelles rendant plus difficile la vĂ©rification des sources fiables ou l’accès Ă des interventions rapides, au mĂ©pris du principe d’accès Ă©quitable aux soins. En consĂ©quence, les fausses informations sur la santĂ© aggravent les disparitĂ©s existantes en matière de santĂ©, perpĂ©tuent les inĂ©galitĂ©s et exposent davantage des populations dĂ©jĂ dĂ©favorisĂ©es au risque de consĂ©quences nĂ©fastes pour leur santĂ©.
Les rĂ©seaux sociaux sont devenus des vecteurs majeurs de fausses informations sur la santĂ©, permettant leur diffusion rapide et gĂ©nĂ©ralisĂ©e au-delĂ des frontières. Les algorithmes conçus pour maximiser l’engagement privilĂ©gient souvent les contenus sensationnels ou trompeurs, ce qui permet Ă de fausses informations sur la santĂ© d’atteindre rapidement un large public. Contrairement aux mĂ©dias traditionnels, ces plateformes ne disposent d’aucun mĂ©canisme cohĂ©rent permettant de vĂ©rifier l’exactitude des informations, ce qui crĂ©e un environnement dans lequel des affirmations non vĂ©rifiĂ©es peuvent occulter des conseils fondĂ©s sur des preuves. Les nouveaux outils d’IA permettent dĂ©sormais de crĂ©er, de personnaliser et de diffuser rapidement et Ă grande Ă©chelle des fausses informations sur la santĂ©, Ă un niveau sans prĂ©cĂ©dent. Plus ces technologies progressent, plus le risque que les fausses informations deviennent sophistiquĂ©es, difficiles Ă dĂ©tecter et omniprĂ©sentes augmente.
Les sociĂ©tĂ©s technologiques qui exploitent les plateformes de rĂ©seaux sociaux, les plateformes d’intelligence artificielle (IA) conversationnelle et les chatbots portent une responsabilitĂ© importante dans la lutte contre la propagation de fausses informations sur la santĂ©. Leurs systèmes et algorithmes dĂ©terminent ce que les utilisateurs voient et partagent, leur confĂ©rant ainsi une influence considĂ©rable sur le discours public. Une gestion Ă©thique requiert la mise en place de mesures rigoureuses et transparentes permettant d’identifier, de limiter et/ou d’Ă©liminer les fausses informations sur la santĂ©. Cela implique Ă©galement de signaler ou de promouvoir de manière proactive les informations validĂ©es provenant de sources mĂ©dicales et institutionnelles reconnues.
Compte tenu de la portĂ©e mondiale des fausses informations sur la santĂ© amplifiĂ©es par les rĂ©seaux sociaux, la lutte contre les fausses informations sur la santĂ© nĂ©cessite une riposte internationale coordonnĂ©e. L’AMM, les institutions mondiales chargĂ©es de la gouvernance sanitaire, les autoritĂ©s sanitaires nationales et rĂ©gionales, les organisations mĂ©dicales nationales, les mĂ©decins et les autres parties prenantes doivent Ĺ“uvrer ensemble au partage d’informations exactes et fondĂ©es sur des donnĂ©es probantes, et lutter activement contre les fausses informations sur la santĂ© et les systèmes qui la produisent. Cette collaboration devrait passer par la mise en place de mĂ©canismes de collaboration et la promotion d’actions conjointes de sensibilisation afin de garantir que des informations sanitaires fiables puissent ĂŞtre dĂ©livrĂ©es en temps voulu Ă toutes les populations.
RECOMMANDATIONS
- L’Association mĂ©dicale mondiale formule les recommandations suivantes dans le but de lutter activement contre les fausses informations sur la santĂ© et de renforcer la fiabilitĂ© de la communication en matière de santĂ© Ă l’Ă©chelle mondiale, tout en soulignant que les mĂ©decins, comme le stipule le Code international d’Ă©thique mĂ©dicale de l’AMM, ont le devoir Ă©thique de fournir des informations scientifiquement exactes et accessibles Ă leurs patients et au grand publicĚý:
à l’intention des médecins
- fournir des avis fondĂ©s sur des preuves et conformes aux connaissances scientifiques actuelles, aux recommandations cliniques et aux normes reconnues par la profession lors de l’interprĂ©tation des connaissances scientifiques auprès de patients individuels, du public ou lors d’interventions dans les mĂ©dias. Lorsqu’un avis contraire aux positions acceptĂ©es de la profession est prĂ©sentĂ©, ou lorsqu’il existe des incertitudes, cela doit ĂŞtre clairement indiquĂ© ;
- maintenir un climat de confiance permettant aux patients d’aborder les informations sur la santé dont ils ont pris connaissance;
- prendre des mesures raisonnables pour corriger les fausses informations sur la santĂ© lorsqu’elles sont constatĂ©es dans des milieux cliniques et publics ou dans d’autres contextes professionnels ;
- contribuer Ă lutter contre les fausses informations sur la santĂ© dans les mĂ©dias, afin d’Ă©viter qu’elles n’aient des consĂ©quences nĂ©gatives sur la santĂ© des patients et des communautĂ©s ;
- promouvoir la littĂ©ratie en santĂ© et le savoir au sein des populations, auprès des patients individuels et dans les lieux publics Ă l’aide de messages objectifs, accessibles et fondĂ©s sur des preuves, conformĂ©ment aux principes Ă©noncĂ©s dans la DĂ©claration de Genève, le Code International d’Éthique MĂ©dicale de l’AMM, la DĂ©claration de Lisbonne et la Prise de position de l’AMM sur la nĂ©cessitĂ© pour tous de recevoir des informations de santĂ©;
- utiliser les réseaux sociaux de manière responsable et éviter de partager des affirmations spécieuses sur la santé qui pourrait affaiblir la confiance du public dans la profession médicale ;
- signaler les fausses informations sur la santĂ© par les voies appropriĂ©es lorsque cela s’avère nĂ©cessaire ;
- agir en gardant Ă l’esprit que les groupes marginalisĂ©s peuvent ĂŞtre touchĂ©s de manière disproportionnĂ©e par les fausses informations sur la santĂ© ;
- encourager les confrères médecins à respecter leurs obligations professionnelles et éthiques lorsqu’ils communiquent des informations de santé, intervenir auprès d’eux lorsqu’ils diffusent de fausses informations sur la santé, quel que soit le support utilisé, et signaler aux autorités compétentes les cas persistants et/ou délibérés de ce type de comportement.
Ă l’intention des Membres constituants de l’AMM et d’autres associations mĂ©dicalesĚý
- Mener des campagnes de sensibilisation et soutenir des mesures visant à préserver et à renforcer le rôle des associations médicales en tant que sources et relais de confiance pour la diffusion d’informations fiables en matière de santé, à promouvoir des soins de santé fondés sur des données probantes et à répondre aux besoins de santé propres à chaque pays, notamment en :
- mettant en place ou en contribuant Ă la mise en place de centres de ressources centralisĂ©s et facilement accessibles, qui proposent des informations de santĂ© vĂ©rifiĂ©es et rĂ©digĂ©es dans un langage simple Ă l’intention des membres et du grand publicĚý;
- promouvant des campagnes de sensibilisation du public pour contrer les fausses informations sur la santĂ©Ěý;
- soutenant des programmes de sensibilisation Ă la littĂ©ratie en santĂ© dans le cadre de l’Ă©ducation formelle et au sein des communautĂ©s, et promouvoir ces programmes pour aider tout un chacun Ă identifier et Ă rejeter les fausses informations sur la santĂ©, ainsi qu’Ă comprendre comment celles-ci se propagentĚý;
- demandant des mesures rĂ©glementaires visant Ă limiter les incitations financières et Ă rĂ©duire au minimum les profits tirĂ©s des campagnes de dĂ©sinformationĚý;
- veillant Ă ce que les organismes d’agrĂ©ment disposent du pouvoir de prendre des mesures disciplinaires Ă l’encontre des professionnels de santĂ© ayant intentionnellement diffusĂ© de fausses informations sur la santĂ©, et affirmer que toute communication dans laquelle un professionnel de santĂ© fait valoir ses qualifications relève de la dĂ©ontologie professionnelle et peut faire l’objet d’un examen de la part de l’organisme d’agrĂ©ment ;
- collaborant avec les organismes de santĂ© publique afin de nouer des relations avec les journalistes et les agences de presse, dans le but d’Ă©largir l’audience du grand public lors de la diffusion d’informations mĂ©dicales et de santĂ© publique fiables ;
- collaborant avec les Ă©diteurs, les instituts de recherche et les organes de presse afin de garantir l’accès Ă des informations mĂ©dicales et de santĂ© publique fondĂ©es sur des donnĂ©es probantes, en mettant au point des bonnes pratiques autour des accès payants et des prĂ©publications ;
- encourager, dĂ©velopper et/ou fournir des formations / des boĂ®tes Ă outils/ des programmes de formation continue aux mĂ©decins afin qu’ils puissent contrer les fausses informations sur la santĂ© lors de leurs interactions avec les patients et/ou dans les mĂ©dias, et favoriser une utilisation Ă©thique et responsable des rĂ©seaux sociaux ;
- dĂ©signer des points de contact ou d’autres ressources existantes publiĂ©es par des autoritĂ©s fiables, Ă l’intention des mĂ©decins souhaitant obtenir des conseils sur la manière de traiter les fausses informations sur la santĂ© ;
- s’engager sur les plateformes de rĂ©seaux sociaux afin de favoriser la diffusion d’informations fiables et exactes sur la santĂ© ;Ěý
- renforcer les relations avec un large Ă©ventail de communautĂ©s et collaborer avec les associations de patients pour diffuser des informations exactes sur la santĂ© ;Ěý
Ă l’intention des autoritĂ©s sanitaires nationalesĚý
- Ă©laborer des stratĂ©gies pour lutter contre les fausses informations sur la santĂ©, notamment par la crĂ©ation d’observatoires, la surveillance et l’analyse des contenus et la mise en place de partenariats institutionnels ;
- participer activement aux plateformes de réseaux sociaux afin de garantir :
- des mĂ©canismes de signalement rapide permettant de supprimer immĂ©diatement les contenus dangereux et deepfakes mĂ©dicauxĚý;
- la reconnaissance de leur responsabilité en matière de santé publique qui consiste à protéger la santé publique et à lutter activement contre les fausses informations sur la santé diffusées sur leurs plateformes ;
- une transparence des algorithmes et de l’intelligence artificielle, y compris par le signalement des fausses informations sur la santĂ© et par une mention claire lorsque des contenus sont gĂ©nĂ©rĂ©s par l’intelligence artificielle ;
- promouvoir et mettre en Ĺ“uvre des mĂ©canismes de labellisation des sources d’informations fiables en matière de santĂ© ;
- limiter les incitations économiques qui encouragent la diffusion d’informations fausses sur la santé par des influenceurs sur les plateformes de réseaux sociaux ;
- Ă©tudier les mesures juridiques appropriĂ©es Ă prendre Ă l’encontre des plateformes qui ne respectent pas la rĂ©glementation ;
- conformĂ©ment Ă la DĂ©claration de l’AMM sur les pseudosciences et les pseudo-thĂ©rapies dans le domaine de la santĂ©, soutenir les efforts visant Ă lutter contre la pseudoscience et les pseudo-thĂ©rapies, qui constituent des sources importantes de fausses informations sur la santĂ© ;
- travailler en collaboration avec les communautĂ©s marginalisĂ©es afin d’instaurer un climat de confiance, de promouvoir l’Ă©quitĂ© dans le domaine de la santĂ© et de mettre au point conjointement des moyens d’accĂ©der Ă des informations fiables sur la santĂ© ;
Ă l’intention de l’Association mĂ©dicale mondiale et de la communautĂ© mondiale de la santĂ©Ěý
- promouvoir les Ă©changes mondiaux de connaissances, notamment par le partage des bonnes pratiques et des enseignements tirĂ©s, entre les organisations membres de l’AMM et les autres parties prenantes concernĂ©es du secteur de la santĂ© ;
- soutenir le dĂ©veloppement d’initiatives collaboratives afin d’amplifier la diffusion en ligne d’informations de santĂ© fondĂ©es sur des donnĂ©es probantes, en s’appuyant sur les efforts dĂ©jĂ dĂ©ployĂ©s dans diffĂ©rentes rĂ©gions. Ces initiatives devraient s’appuyer sur des projets existants de littĂ©ratie en santĂ©, d’Ă©ducation aux mĂ©dias et de sensibilisation du public, s’aligner sur les cadres rĂ©glementaires applicables et mobiliser les mĂ©decins et les organisations de santĂ© du monde entier afin de renforcer la diffusion de contenus fiables ;
- soutenir le ;
Ă l’intention des plateformes d’IA conversationnelle et des chatbots, des entreprises et organisations actives sur les rĂ©seaux sociaux, des entreprises exploitant des moteurs de recherche, des entreprises de vente en ligne, des entreprises du secteur de la santĂ© en ligne et autres entitĂ©s :
- prendre conscience de la propagation d’informations mĂ©dicales et de fausses informations sur la santĂ© sur les rĂ©seaux de diffusion, et collaborer avec les parties prenantes concernĂ©es pour remĂ©dier Ă ce problème de manière appropriĂ©e, notamment, mais sans s’y limiter, en modifiant la logique sous-jacente des rĂ©seaux ou en repensant les algorithmes des plateformes ;
- renforcer davantage encore les politiques de modĂ©ration des contenus relatives Ă la mĂ©sinformation mĂ©dicale et en matière de santĂ© publique, notamment, mais sans s’y limiter, en amĂ©liorant la surveillance des contenus, en modifiant les systèmes de recommandation afin de limiter l’amplification de la diffusion des fausses informations en matière de santĂ©, et en intĂ©grant davantage les informations de santĂ© vĂ©rifiĂ©es.
